Avec l’éclairage de Philippe Martin, spécialiste en architecture et génie logiciel, Florian Jeliazovski, Partenaire exécutif Mobilité.
La servicialisation est-elle une piste d’avenir pour l’industrie ? C’est ce que suggère l’enquête exclusive menée par Randstad Digital auprès de 215 décideurs pour analyser les tendances qui définiront l’industrie en 2030.Le passage d’un modèle fondé sur la vente de produits à un modèle centré sur les services y émerge comme tendance structurante. Et pour cause : elle pourrait bien être une alternative solide au modèle de l’obsolescence programmée, en modifiant profondément la manière de concevoir, fabriquer et monétiser les équipements.
Dans cet article, deux experts Randstad Digital, Philippe Martin, spécialiste en architecture et génie logiciel, Florian Jeliazovski, Partenaire exécutif Mobilité partagent leurs observations et leurs conseils pour anticiper cette mutation.Dans son livre blanc Quels horizons technologiques pour l’industrie en 2030 ?, Randstad Digital dévoile les analyses sectorielles menées auprès de dirigeants d’entreprises industrielles et les recommandations détaillées de ses experts pour préparer l’industrie de 2030.
la servicialisation : une solution profitable aux enjeux écologiques.
La pression réglementaire, les attentes sociétales et la montée en puissance des technologies digitales forcent les entreprises à repenser leurs modèles économiques. Pour certains secteurs, cette réinvention devient impérative afin de concilier performance et impact environnemental.
Mais comment rentabiliser des produits plus coûteux à fabriquer et dont les volumes de ventes sont amenés à diminuer ? Pour les décideurs, la servicialisation apparaît comme une solution à explorer. En effet, parmi les 215 dirigeants interrogés, 30 % la considèrent déjà comme une tendance structurante ; un chiffre qui atteint 42 % chez les directions générales et 36 % dans les grandes entreprises.« Les industriels doivent désormais concevoir des produits véritablement pérennes tout en maintenant leur rentabilité. À cet effet, un modèle économique efficace est de vendre le service rendu plutôt que le produit lui-même. La servicialisation inverse complètement la logique de l’obsolescence programmée : plus le produit dure et son fonctionnement est sobre, plus le service est profitable », observe Philippe Martin, expert en architecture et génie logiciel.
Son conseil : faire du produit un socle durable et évolutif, capable de soutenir un modèle de revenus à long terme. Cela implique une conception modulaire, évolutive, s’appuyant sur une certaine standardisation, favorisant la mise à jour plutôt que le remplacement complet. Cela implique aussi une conception hautement réparable, incluant des mesures d’usure afin de permettre une maintenance prédictive, optimisée pour fiabiliser le service rendu au meilleur coût.
Ce modèle de vendre le service essentiellement rendu par le produit est particulièrement adapté à des produits technologiques relativement coûteux, comme par exemple les véhicules. Cependant il ne faut pas le confondre avec la LLD (Location longue Durée) proposée déjà depuis des années, mais qui continue à s’appuyer sur des produits conçus avant tout pour être vendus à leurs utilisateurs.
face aux coûts de transformation, la méthodologie en réponse.
Si un secteur illustre cette mutation, c’est bien celui de la mobilité et du transport. Le marché automobile en particulier fait face à ses plus grands challenges depuis plusieurs dizaines d’années, entre forte concurrence mondiale, baisse du prix des véhicules et pression sur le time to market. La servicialisation apparaît comme l’une des solutions à mettre en place.
Comme le souligne Florian Jeliazovski, Partenaire exécutif Mobilité, cité dans le livre blanc, les constructeurs doivent aussi financer simultanément l’électrification, les nouvelles fonctionnalités telles que la conduite autonome, les plateformes logicielles, et la digitalisation de toute la chaîne de valeur. Un chantier colossal… Tout comme son coût, estimé à plusieurs dizaines voire centaines de milliards à l’échelle de l’industrie. Mais menée méthodiquement, la transformation peut s’avérer payante. « Le secteur s’organise avec le déploiement du cadre stratégique mondial “Case” : Connectivity, Autonomous, Shared and Electric. La transformation digitale force l'industrie automobile à passer d'un modèle centré sur la production et la vente de produits à un modèle centré sur le logiciel, les données et les services de mobilité ».
Son conseil : progresser par incréments, en testant les modèles serviciels sur des périmètres limités avant industrialisation afin de réduire le risque, ajuster la valeur, renforcer la marge sur le service plutôt que sur le volume. Le passage au software-defined vehicle et aux modèles serviciels exige de sécuriser la data, de fiabiliser les plateformes logicielles et de maîtriser les technologies embarquées.
Une méthodologie indispensable pour renforcer la marge sur les services.
en perspective : réussir la servicialisation d’ici 2030.
Au-delà des technologies, une conviction rassemble les experts de Randstad Digital : la réussite des modèles serviciels reposera autant sur l’évolution des produits que sur celle des organisations elles-mêmes d’ici 2030. De nouvelles expertises (data, architecture logicielle, expérience client…) devront émerger, ainsi qu’une manière différente de travailler plus transversale et davantage orientée vers la valeur dans la durée.
L’horizon 2030 ne sera pas uniquement technologique. Il sera organisationnel, culturel, et profondément stratégique.
Pour aller plus loin :
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