Avec François Terrot, leader technique de la practice Cybersécurité embarquée chez Randstad Digital.
Voitures, bus, trains… Désormais les véhicules ont des yeux. Les caméras embarquées veillent, détectent, analysent, alertent. Originellement limitées aux voitures de police, elles sont devenues un incontournable des transports et vont continuer à se développer : estimé à 8,81 milliards de dollars en 2023, le marché mondial des caméras automobiles devrait atteindre à 22,46 milliards USD d’ici 2032. [1]
Or, dans les années 1990, les premiers modèles de caméras embarquées réalisaient leurs enregistrements sur cassettes VHS, en local. Mais avec les progrès technologiques et l’évolution du mode de collecte et de stockage des images, la caméra embarquée n’est plus seulement un œil : elle perçoit images, mais aussi sons, coordonnées GPS, vitesse, contexte météorologique, interactions avec d’autres systèmes connectés. Chaque seconde de trajet est traduite en fichiers exploitables. Dans ce nouveau contexte, la question de l’éthique se pose.
De la sûreté à la menace : la rencontre entre la technologie et l’éthique.
L’appellation générique de "caméras embarquées" regroupe deux grandes catégories d’équipements :
- Les caméras de surveillance pour la sécurité des personnes, qu’on retrouve dans les transports en commun, les gares ou les espaces publics.
- Les caméras embarquées dédiées à la sûreté de fonctionnement, qui veillent à ce que les équipements ne présentent aucun danger pour l’utilisateur, et qui peuvent contribuer à sa protection activement.
C’est sur cette deuxième catégorie que se concentre Randstad Digital. Et c’est précisément sur ce terrain que se joue une grande partie du débat éthique.
Des fonctionnalités au service de la vigilance.
Les caméras embarquées ne se contentent plus de capter des images : elles observent, interprètent et déclenchent des actions automatiques. Analyse faciale, détection d’incidents, suivi des comportements : elles prolongent l’œil humain, sans ses limites biologiques. On les utilise partout :
- Dans l’automobile, à l’intérieur comme à l’extérieur des véhicules. Certaines surveillent le conducteur pour détecter des signes de somnolence ou d’inattention (Driver Monitoring System, ou DMS). D’autres scrutent la route pour anticiper des incidents ou contextualiser un accident. Par exemple, les images de dashcams peuvent permettre de réunir des preuves légales et régler des litiges d’assurance.
- Dans le ferroviaire, elles commencent à équiper cabines et quais, capables d’alerter sur un comportement suspect de voyageur, comme une tentative de suicide, ou encore d’améliorer les dispositifs de « gestion de l'homme mort » (détection et alerte en cas d'accident d’un travailleur isolé).
- Dans le transport professionnel (bus, camions, livraison), elles deviennent autant un outil de prévention des risques du conducteur qu’un outil de suivi de l’activité des travailleurs, avec la mesure des temps de conduite par exemple.
Ce sont des outils précieux, parfois même salvateurs. Mais toute médaille a son revers.
Une fine frontière entre vigilance et respect des droits individuels.
Une caméra infrarouge qui détecte une simple source de chaleur, sans identifier la personne, pose peu de problèmes. En revanche, lorsqu’une caméra est capable de reconnaître le visage, d'associer cette identification à des fonctionnalités de personnalisation (préférences de destinations ou de choix de musique par exemple), une frontière est franchie. Les véhicules modernes sont devenus des capteurs mobiles. Chaque trajet, chaque action, chaque incident génère des données : vidéo, sons, positions GPS, vitesse, contexte. Cette masse d’informations peut être stockée à bord, mais aussi extraite, transférée, croisée avec d’autres données, et analysée au point de réaliser des profils d’individus... parfois sans leur consentement explicite. L’ambivalence est claire : les caméras embarquées augmentent la sécurité, mais questionnent la liberté et la vie privée. À commencer par celles de l’individu filmé, parfois à son insu, dans des espaces de plus en plus interconnectés. Informer, tracer les consentements, et permettre à l’utilisateur un accès simplifié à ses propres données sont des points incontournables pour des solutions éthiques, mais les équipes de Randstad Digital considèrent que la réflexion doit aller plus loin. « Sur le plan éthique, les caméras embarquées ne sont ni bonnes ni mauvaises en soi. Elles sont des outils et notre mission chez Randstad Digital est d’accompagner nos clients dans leur meilleur usage possible », estime François Terrot, leader technique de la practice Cybersécurité embarquée chez Randstad Digital.
La vigilance éthique : une responsabilité partagée.
Face aux enjeux éthiques que soulèvent les caméras embarquées, la question n’est pas seulement technologique, elle est avant tout systémique. Elle implique chaque acteur de la chaîne — concepteurs, fabricants, intégrateurs, exploitants — et pousse à une réflexion continue sur l’usage, les limites et les dérives possibles des technologies déployées.
Chez Randstad Digital, cette réflexion est intégrée dès la phase de collaboration avec ses clients. Le groupe se positionne davantage comme un fournisseur de compétences que comme un fournisseur de solutions. Son rôle n’est pas d’imposer des réponses, mais d’accompagner ses partenaires à se poser les bonnes questions.
Respect de la vie privée, conformité légale, protection des données, reconnaissance faciale, traitement d’image : chaque projet soulève ces interrogations, et c’est au client de déterminer ses choix — mais jamais sans un regard critique et sans une alerte préalable de la part de Randstad Digital, et toujours dans le respect de la loi.
Car pour compléter la responsabilité éthique de chaque organisation, le cadre réglementaire est un garde-fou collectif. Le RGPD en Europe, ou les lois sur la vie privée aux États-Unis, encadrent une partie des pratiques, mais la multiplication des objets connectés embarqués oblige les législateurs et les entreprises à collaborer pour préserver un équilibre entre progrès technologiques, contraintes business, et respect des libertés fondamentales.
Le secteur automobile s’illustre en particulier dans les démarches de protection réglementaires et dans sa collaboration avec les institutions. Depuis plus de dix ans, les constructeurs automobiles ont identifié la nécessité de collaborer avec les institutions pour définir des règles pertinentes. En lien avec la Commission économique des Nations unies pour l’Europe (CEE-ONU), elles ont ainsi développé un cadre pour la cybersécurité automobile. Les normes UNR, qui en découlent, imposent des certifications à respecter dans cette perspective de sûreté et d’éthique. Le véhicule doit aussi respecter des contraintes de développement. Par exemple, la norme ISO 26262 encadre le développement des systèmes pour assurer la sûreté de fonctionnement — identification des risques, réduction des dangers, protocoles d’alerte. En parallèle, la norme ISO 21434 encadre la cybersécurité des véhicules, obligeant les constructeurs à anticiper les menaces, sécuriser les échanges de données, et garantir l’intégrité des systèmes électroniques embarqués.
Enfin, l’UTAC (Union Technique de l’Automobile, du motocycle et du Cycle) valide ces dispositifs en procédant à des audits rigoureux avant toute homologation de véhicule. Une fois ces étapes validées, le véhicule peut être immatriculé et mis en circulation.
Randstad Digital se fait un devoir de maintenir une veille active sur les évolutions réglementaires pour mieux sensibiliser ses clients - notamment dans des secteurs où la culture des caméras embarquées est encore émergente, comme celui des deux-roues.
Il faut noter que les exigences juridiques varient fortement selon les marchés géographiques ou sectoriels, et les coûts d’adaptation peuvent être considérables si ces enjeux ne sont pas anticipés. Cette complexité renforce la nécessité d’intégrer, très tôt, la triple approche conseillée par Randstad Digital :
- Éthique : penser l’impact sur la société, la vie privée, et les libertés individuelles.
- Juridique : se conformer aux cadres légaux en vigueur.
- Business : développer les systèmes en tenant compte des marchés visés à court et long termes.
Chez Randstad Digital, chaque solution est conçue avec pour objectif d’éviter à terme des corrections coûteuses, mais surtout de garantir que l’innovation reste une alliée de la sécurité et de la confiance, plutôt qu’un facteur d’exposition aux risques.
Ainsi, le développement des caméras embarquées fait face à un double enjeu : d’une part, l’exploitation de leur plein potentiel pour améliorer la sécurité et les services, d’autre part, le respect des droits fondamentaux des individus.
À travers sa vision globale et son approche concertée clients-partenaire, mais aussi une collaboration active entre experts techniques et juridiques, ou encore la diffusion des bonnes pratiques de cybersécurité à toute la chaîne et et les mises à jour technologiques : l’approche de Randstad Digital vise le développement de produits innovants et respectueux d’un cadre éthique.
découvrez notre article - l’éthique du "nouvel or noir" : des enjeux spécifiques.
lire[1] : https://www.fortunebusinessinsights.com/fr/industry-reports/automotive-camera-market-101912